Liban 22 ans... Lebanon 22 years...
February 13th, 2007
Le Liban fut et restera un laboratoire où les rapports intercommunautaires sont en quelque sorte testés en permanence, afin de reproduire á une échelle plus large les effets multiplicateurs de cette expérience. Un pays comme le Liban, en temps de paix, est un "scandale" intolérable qui contredit et dénonce, du simple fait qu'il existe, tous les autres régimes politiques du Monde Arabe, et principalement son voisin israélien, qui partage avec lui (ou lui dispute) le rôle de représentant de la "civilisation occidentale", mais d'une façon radicalement opposée. Pour permettre une meilleure compréhension de la dernière guerre, je vais essayer de retracer l’histoire récente du Liban en cinq périodes cruciales dans le destin de la géopolitique libanaise :

1ère période 1985 –1989 la Vendetta. Le Liban se retrouve partagé entre les forces soutenues par le pouvoir de Damas d’un côté et Israël de l’autre, avec l’armée officielle libanaise prise au piège entre les deux. Durant cette période, la milice sunnite des « mourabitoun » est éliminée pour céder la place au clan Hariri et en parallèle, l’établissement du Hezbollah comme facteur déterminant dans la suite du conflit. La livre libanaise est dévaluée à 1000% après le retrait des fonds palestiniens des banques libanaise suite à la défaite de l’OLP à Beyrouth et ensuite à Tripoli,  mais aussi grâce à la générosité de l’ancien président de la république Amin El Gemayel qui a réglé une facture d’armements en cash pour le compte des marchands d’armes américains. Ces armes ont servi surtout dans la guerre de la montagne face aux forces de Walid Joumblatt soutenues par les Syriens et les forces loyalistes. À la fin de son règne, le général en chef de l’armée libanaise de l’époque, Michel Aoun, se déclare président de la république en instaurant un régime d’urgence et s’affronte avec les forces libanaises, la milice chrétienne responsable du déplacement des habitants de la montagne. Selon un bénévole de la Croix-Rouge ayant vécu cette période sur le terrain « les combats étaient acharnés, sans pitiés et sanglants… »

2ème période 1989-1990 Guerres de libération! Durant cette période assez courte, les événements se sont accélérés suite au vide constitutionnel. Le général Aoun prend le pouvoir à Baabda alors qu’on assiste en même temps à l’élection du président René Mouawad et à  son assassinat, puis la déclaration de la guerre de libération par le général Aoun, guerre d’extermination entre l’armée libanaise d’une part et les forces libanaises de l’autre, pour la prise de contrôle dans la partie Est du Liban. En parallèle, le partage de la partie Ouest du pays entre le Mouvement Amal et le Hezbollah provoque l’extermination des forces palestiniennes dans les camps de Sabra, Chatila et El Bourj, situés dans la banlieue sud de Beyrouth. Durant cette période, les forces loyalistes se partageaient le contrôle des quartiers de la capitale à l’ouest, chaque partie possédait une milice armée et de temps à autre des clashs sanguinaires se déroulaient pour le contrôle d’une ruelle tout le long de la ligne de démarcation. Le but de ces confrontations meurtrières était spéculatif, d’ailleurs chaque milice avait ses déplacés à reloger dans les immeubles des anciens quartiers du centre ville commercial tout autour de la place des martyrs où le future projet immobilier "Solidere" allait voir le jour. Suite aux accords de Taef, la paix militaire est établie au Liban et ce fut la fin de la guerre civile.

3ème période 1990-2004 l’amnésie libanaise. C’est la période la plus longue, bâtie sur des paradoxes et des rêves utopiques. Suite à l’entente américano-syrienne par laquelle la Syrie prend position pour les alliés contre le régime de Saddam, les forces de l’armée syrienne écrasent la révolte du général Aoun et reprennent le contrôle de toutes les ressources du Liban. Durant toutes ces années, les forces loyalistes règnent sous la tutelle directe de Damas. Suite au massacre de Cana perpétué par l’armée israélienne en 1997, le Hezbollah prend les couleurs de la résistance nationale face à l’armée d’occupation et dans la légalité de l’acte, libère le sud occupé en 2000. Depuis cette date le sud du Liban reste sous le contrôle du Hezbollah, soutenu logistiquement par l’armée libanaise, le Hezbollah a toujours l’ambition de reconquérir tous les territoires arabes occupés par Israël. Arrive la manipulation constitutionnelle menée par le président Lahoud et le vote de la résolution 1559 aux Nations Unies. Le mandat de Lahoud, président loyal à la Syrie, est prorogé d’une période supplémentaire de 3 ans, officiellement pour des raisons de sécurité nationale, mais en réalité, pour les intérêts financiers syro-libanais. A partir de ce moment, l’opposition minoritaire forgée au début de cette période par le clan des perdants se voit grandir pour réunir les ennemis d’hier.

4ème période la naissance de l’Indépendance 05. Avec l’assassinat de l’ancien Premier ministre Hariri, le 14 février 2005 « l’affaire libanaise » prend une ampleur internationale. Le riche homme d’affaire Libano Saoudien était un ami du président Chirac et aurait financé sa première compagne présidentielle. La Syrie est pointée du doigt comme responsable direct de ce crime, des vagues de manifestants guidés par des chefs de clans politiques occupent la place des martyrs, y campent et demandent expressément le retrait de l’armée syrienne du Liban et la destitution du pouvoir en place. Le 14 mars 2005, sur appel de toutes les forces de l’opposition plurielle, plus d’un million de manifestants se retrouvent sur la place des martyrs rebaptisée pour l’occasion place de la liberté. Un seul drapeau, le libanais, et un seul slogan, Indépendance 05! Cette grande manifestation était une réponse provoquée par un rassemblement organisé par les forces loyalistes et du Hezbollah. Chaque clan cherche a faire démonstration de sa légitimité populaire en rassemblant ses fidèles en masse. Le 30 avril 2005, l’événement se produit : les forces armées syriennes se retirent du Liban ! Fait confirmé par des experts envoyés par les Nations Unies, malgré quelques incidents. Les élections parlementaires se déroulent dans une ambiance « démocratique extrême », à tel point que 30% des députés on été réélus d’office, faute de concurrence.

5ème période, la mort de l’Independence05. Samir Kassir écrivain et journaliste au quotidien An-Nahar est assassiné le 2 juin à Beyrouth. L’un des principaux initiateurs du mouvement populaire "independence05", il était aussi le porte-parole des jeunes manifestants, dont beaucoup n’ont aujourd’hui pas encore atteint l’âge légal (21 ans) pour voter. Ils pensaient avoir gagné la bataille avec la fin de l’occupation, malheureusement la guerre n’est pas finie, les mêmes acteurs occupent toujours la scène politique, certains ont changé de place et de rôle, mais au final, ils jouent tous la même mélodie en harmonie… Quelles sont les raisons et les motivations des tueurs de la parole libre? Gibran Tuéni et Pierre Gemayel seront les suivants sur la liste d'assassinats établie par les grands patrons de la mafia politique. Le rapport de la commission d’enquête internationale des Nations Unis sur l'assassinat de Hariri est finalement publié. Reste à savoir quand le tribunal international sera établi.  

Enfin arrive la guerre dévastatrice de l’été 2006, alors le Liban s’apprête à recevoir une arrivée en masse des touristes arabes, précisément des riches pays du Golf. Depuis le début de l’année 2004 le pays avait sombré dans un marasme économique d’envergure, et que cette saison touristique 2006 était très attendue. Avisé d’une perception de l’intérêt nationale qui lui est propre, c’est ce moment que choisit le Hezbollah pour kidnapper deux soldats Israéliens par une opération soigneusement préparée à  l’avance en plein territoire israélien, ouvrant ainsi les portes de l’enfer ! La guerre de 33 jours qui s’ensuit entre l’Etat hébreu et le Hezbollah libanais plonge encore une fois le Liban dans le chaos. Que dire quand la Syrie et l'Iran deviennent cyniquement les négociateurs d'une paix dont ils espèrent tirer profit? Que dire quand la tragédie d'une population livrée à une armée surpuissante, criminelle, dotée d'une puissance de destruction colossale et libérée de toute restriction éthique, est traitée dans le langage officiel et médiatique de "crise du Proche-Orient"?

Le bilan humain et matériel de cette guerre est désastreux pour le Liban. Les bombardements israéliens y ont tué plus de 1.800 personnes et en ont blessé des milliers d'autres, dont une écrasante majorité de civils. Ils ont provoqué l'exode d'un million de personnes, soit un quart de la population libanaise. Les dégâts causés aux infrastructures libanaises sont évalués à plus de 2,5 milliards de dollars, sans compter les pertes engendrées par l'interruption durable d'activités commerciales et industrielles due au blocus naval, aérien et terrestre qui se sont prolongés au-delà de la guerre en elle-même, ainsi que la perte de la saison touristique.

Samer Mohdad


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